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Démembrement : usufruit et nue-propriété

Démembrement : usufruit et nue-propriété

Être propriétaire d'un bien, c'est réunir trois droits : l'utiliser, en percevoir les revenus, et en disposer. Le démembrement consiste à séparer ces droits entre deux personnes : l'usufruitier garde l'usage et les revenus, le nu-propriétaire détient le bien « en réserve » et en récupérera la pleine maîtrise plus tard, en principe sans fiscalité. C'est l'un des mécanismes les plus utilisés pour transmettre un patrimoine en douceur — et l'un des plus mal compris.

Trois droits, deux titulaires

La pleine propriété se décompose en usus (utiliser le bien), fructus (en tirer des revenus) et abusus (le vendre, le donner, le détruire). Le démembrement attribue l'usus et le fructus à l'usufruitier, et l'abusus au nu-propriétaire.

Concrètement, l'usufruitier peut habiter le logement ou le louer et encaisser les loyers. Le nu-propriétaire, lui, ne touche à rien pendant toute la durée de l'usufruit — mais il est déjà propriétaire du bien, et aucune des deux parties ne peut vendre seule : il faut l'accord des deux.

Combien vaut chaque part : le barème de l'article 669

Pour partager la valeur d'un bien entre usufruit et nue-propriété, l'administration fiscale applique un barème fondé sur l'âge de l'usufruitier : plus il est âgé, moins son usufruit vaut cher (il en profitera moins longtemps), et plus la nue-propriété est valorisée.

Exemple chiffré Barème de l'article 669 du CGI (usufruit viager) : moins de 51 ans → usufruit 50 % ; 51-60 ans → 50 % ; 61-70 ans → 40 % ; 71-80 ans → 30 % ; 81-90 ans → 20 % ; à partir de 91 ans → 10 %. La nue-propriété vaut le complément. Pour un appartement de 300 000 € dont l'usufruitier a 68 ans : usufruit = 120 000 €, nue-propriété = 180 000 €.

Un usufruit temporaire (limité à une durée fixe, par exemple 10 ans) est évalué différemment : 23 % de la valeur en pleine propriété par période de dix ans, sans dépasser la valeur de l'usufruit viager. Le calculateur usufruit / nue-propriété gère les deux cas.

Qui paie les charges

La règle par défaut du Code civil répartit les dépenses :

  • À la charge de l'usufruitier : l'entretien courant, les réparations d'usage, la taxe foncière, l'assurance, et l'impôt sur les revenus fonciers s'il loue le bien.
  • À la charge du nu-propriétaire : les « grosses réparations » de l'article 606 — gros murs et voûtes, poutres et couvertures entières, murs de soutènement et de clôture. En clair, ce qui touche à la structure.

Cette répartition peut être modifiée par une convention de démembrement, souvent utile pour éviter les litiges dans la durée.

À quoi ça sert

Le démembrement répond à plusieurs objectifs :

  • Transmettre en gardant l'usage : on donne la nue-propriété d'un bien à ses enfants tout en conservant l'usufruit — le droit d'y vivre ou d'en percevoir les loyers jusqu'à son décès. Les droits de donation ne portent que sur la nue-propriété, donc sur une base réduite.
  • Protéger le conjoint : au décès, le conjoint survivant reçoit souvent l'usufruit du logement et du patrimoine, les enfants la nue-propriété. Le conjoint reste chez lui et garde ses revenus ; les enfants héritent sans que le patrimoine soit vendu.
  • Investir à moindre coût : acheter la seule nue-propriété d'un bien (parts de SCPI, immobilier) coûte 60 à 70 % du prix ; l'usufruit revient à un bailleur institutionnel pendant 15 à 20 ans, puis la pleine propriété se reconstitue automatiquement.

L'extinction : le moment clé

À la fin de l'usufruit — au décès de l'usufruitier, ou au terme prévu s'il est temporaire — le nu-propriétaire devient plein propriétaire de manière automatique. L'article 1133 du CGI prévoit que cette reconstitution ne donne lieu à aucun droit de succession : c'est tout l'intérêt fiscal du montage réalisé longtemps à l'avance.

Bon à savoir Quand l'usufruit porte sur de l'argent (assurance-vie dénouée, compte bancaire), on parle de quasi-usufruit : l'usufruitier peut dépenser les fonds, mais le nu-propriétaire détient une créance de restitution équivalente, à faire valoir sur la succession. Cette créance doit être constatée par écrit (acte notarié ou acte sous seing privé enregistré) pour être déductible.

Le démembrement s'articule avec les autres leviers de transmission : le parcours succession et transmission réunit les outils utiles (droits de succession, donation, réserve héréditaire).

Ce qu'il faut retenir

  • L'usufruitier utilise le bien et en perçoit les revenus ; le nu-propriétaire le détient et en récupérera la pleine propriété.
  • Le partage de valeur suit le barème de l'article 669 du CGI, fondé sur l'âge de l'usufruitier.
  • Charges courantes et taxe foncière pour l'usufruitier ; grosses réparations de structure pour le nu-propriétaire.
  • Donner la nue-propriété réduit l'assiette des droits de donation et permet de garder l'usage du bien.
  • À l'extinction de l'usufruit, la pleine propriété se reconstitue sans droits de succession (article 1133 du CGI).

Contenu à visée informative. Sources : service-public.fr — usufruit, nue-propriété, pleine propriété : quelles différences ?, service-public.fr — donation. Barème de l'usufruit : article 669 du CGI (inchangé depuis 2004). Répartition des charges : articles 605 et 606 du Code civil. Un projet de démembrement se prépare avec un notaire.

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Questions fréquentes

Quelle est la différence entre usufruit et nue-propriété ?

L'usufruitier a le droit d'utiliser le bien et d'en percevoir les revenus (habiter le logement, encaisser les loyers, les dividendes). Le nu-propriétaire détient le bien « en attente » : il ne peut ni l'occuper ni le louer, mais il en récupérera la pleine propriété à l'extinction de l'usufruit, sans rien payer. Ensemble, usufruit et nue-propriété forment la pleine propriété.

Comment se calcule la valeur de l'usufruit ?

Par le barème de l'article 669 du CGI, selon l'âge de l'usufruitier : par exemple 40 % de la valeur du bien entre 61 et 70 ans, 30 % entre 71 et 80 ans, 20 % entre 81 et 90 ans. La nue-propriété vaut le complément. Un usufruit temporaire (durée fixe) vaut 23 % de la pleine propriété par tranche de 10 ans. L'calculateur usufruit / nue-propriété applique ce barème.

Qui paie quoi entre usufruitier et nu-propriétaire ?

L'usufruitier supporte les charges courantes : entretien, petites réparations, taxe foncière, impôt sur les revenus locatifs. Le nu-propriétaire prend en charge les grosses réparations définies par l'article 606 du Code civil (gros murs, toiture, structure). En pratique, cette répartition peut être aménagée par convention entre les parties.

Pourquoi donner la nue-propriété d'un bien de son vivant ?

Parce que les droits de donation ne sont calculés que sur la valeur de la nue-propriété, plus faible que la pleine propriété. Au décès du donateur, l'usufruit s'éteint et le donataire devient plein propriétaire sans droits de succession supplémentaires (article 1133 du CGI). Le donateur conserve l'usage du bien ou ses revenus jusqu'à son décès.

Qu'est-ce que le quasi-usufruit ?

Quand l'usufruit porte sur une somme d'argent (bien « consomptible »), l'usufruitier peut la dépenser librement : c'est un quasi-usufruit. En contrepartie, le nu-propriétaire détient une créance de restitution d'un montant équivalent, qu'il fait valoir sur la succession de l'usufruitier. Cela suppose de formaliser la créance par écrit pour qu'elle soit opposable à l'administration fiscale.


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