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Forfait jours : invalider sa convention et récupérer ses heures sup

Très répandue chez les cadres, la convention de forfait en jours est aussi l'une des plus fragiles juridiquement. Mal mise en œuvre par l'employeur, elle est annulée par les juges — et le salarié récupère trois ans d'heures supplémentaires impayées. Voici les cinq points à vérifier.

218jours travaillés par an (plafond)
3 ansprescription pour les heures sup
25 %majoration des 8 premières heures sup

Le principe du forfait jours

Le forfait en jours permet de décompter le temps de travail d'un cadre en nombre de jours travaillés par an, et non en heures. Le plafond légal est de 218 jours par an, en contrepartie d'une autonomie réelle dans l'organisation du travail. La contrepartie : pas de droit aux heures supplémentaires… à condition que la convention soit valide.

Bon à savoir Le forfait jours ne peut être proposé qu'aux cadres jouissant d'une véritable autonomie. Un cadre soumis à des horaires fixes imposés par l'employeur ne peut pas y être éligible — la convention est alors annulable sur ce seul motif.

Point 1 — L'accord collectif applicable

Le forfait jours doit reposer sur un accord collectif (accord d'entreprise ou de branche) qui en fixe le cadre. Sans accord ou avec un accord incomplet (notamment sur le suivi de la charge de travail), la convention individuelle est invalide. À vérifier dans sa convention collective ou auprès du CSE.

Point 2 — L'entretien annuel sur la charge de travail

L'employeur doit organiser chaque année un entretien individuel portant spécifiquement sur :

  • la charge de travail effective du salarié
  • l'organisation du travail dans l'entreprise
  • l'articulation entre vie professionnelle et vie personnelle
  • la rémunération

Sans cet entretien — ou si l'entretien annuel d'évaluation classique en tient lieu sans aborder ces points —, la convention peut être annulée.

Preuve à conserver Garder copie des compte-rendus d'entretiens annuels, des échanges de mails sur la charge de travail, et de toute alerte adressée au manager. Ce sont les pièces qui font basculer un dossier prud'homal.

Point 3 — Le suivi du nombre de jours travaillés

L'employeur doit tenir un décompte des jours travaillés et l'afficher à intervalles réguliers (en général tous les mois). À défaut de système de suivi (tableau, outil RH dédié, signature mensuelle), la convention est jugée non conforme. Un simple décompte par le salarié ne suffit pas — l'obligation pèse sur l'employeur.

Point 4 — Le droit à la déconnexion

Depuis 2017, l'accord collectif doit prévoir un dispositif de droit à la déconnexion : périodes hors lesquelles le salarié n'est pas tenu de répondre aux sollicitations professionnelles (mails, appels, messageries). Sans clause ou sans mise en œuvre effective (par exemple, des mails à 23 h ou le dimanche systématiquement attendus), la convention est fragilisée.

Point 5 — Le plafond de 218 jours respecté

Dépasser 218 jours sans accord exprès du salarié (renoncement à des jours de repos contre majoration de salaire) est une faute lourde. De même, un dépassement régulier sans contrepartie financière expose à l'annulation du forfait. La règle de base : compter ses jours chaque année et tenir un journal personnel.

Combien on peut récupérer ? Si la convention est annulée, le salarié récupère les heures supplémentaires effectuées au-delà de 35 h/semaine sur les 3 dernières années (prescription salariale), majorées à 25 % pour les 8 premières heures, 50 % au-delà. Pour un cadre à 50 000 € qui faisait 45 h/semaine, le rappel peut atteindre 20 000 à 30 000 €.

Marche à suivre concrète

  1. Rassembler les preuves : agendas, mails tardifs, sollicitations week-end, refus de congés, absence d'entretien dédié
  2. Tenir un journal des heures réellement travaillées sur les 12 derniers mois
  3. Consulter le délégué syndical, le CSE ou un avocat en droit du travail
  4. Saisir les prud'hommes dans les 3 ans qui suivent la fin du contrat (ou en cours de contrat, mais l'enjeu est lourd côté ambiance)

Ce qu'il faut retenir

  • Le forfait jours est valide uniquement si entretien annuel + suivi + déconnexion + accord collectif sont en place
  • À défaut, 3 ans d'heures supplémentaires peuvent être récupérés
  • Les preuves se constituent au fil de l'eau : agendas, mails, comptes-rendus
  • Le rappel peut représenter plusieurs dizaines de milliers d'euros pour un cadre à temps plein

Guide informatif basé sur la jurisprudence et le Code du travail en vigueur en 2026. Pour un dossier personnel, consulter un syndicat, un délégué du personnel ou un avocat en droit du travail. Estimer ses heures sup avec le calculateur d'heures supplémentaires. Source : Capital, mai 2026.

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5 commentaires

julien_p
28/05/2026 à 12:23

Je découvre que le droit à la déconnexion doit être prévu par l'accord collectif. Dans ma boîte y'a une charte mais c'est lettre morte.

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florent_g
28/05/2026 à 07:23

Le journal des heures à tenir au jour le jour, c'est THE conseil. Sans preuve écrite, t'as rien.

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amandine_b
28/05/2026 à 03:23

Attention quand même, attaquer en cours de contrat ça flingue les relations avec la hiérarchie. La plupart des dossiers sont post-départ.

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sophie_k
27/05/2026 à 19:23

30k€ de rappel, ça paraît énorme mais j'ai vu un collègue qui a obtenu 28k aux prud'hommes après une rupture conv. Bien préparé son dossier.

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thomas_d
27/05/2026 à 14:23

L'absence d'entretien dédié sur la charge, c'est mon cas depuis 5 ans. L'entretien d'éval mélange tout. Je vais creuser.

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